Un doux rêve sur fond de cauchemar



Ce classique sud-africain est adapté, mis en scène et en musique par le trio Brook, Estienne et Krawczyk, qui ont récemment uni leurs talents sur « Une flute enchantée ».

Philémon est un homme juste, droit, sincère, aimant plus que tout sa femme Mathilda. Sa « Tilly » mène pourtant une double vie, s’adonnant au plaisir de la chair avec un autre homme… Quand son mari surprendra les amants, il décidera d’infliger une punition étrange à Mathilda : vivre face à son pécher, en faisant du costume de son amant l’invité d’honneur de la famille. A première vue doux et minime comparé à la souffrance de Philémon, le châtiment se révèlera cruel, et l’humiliation que subira Mathilda au quotidien aura raison d’elle.

Inspirée de textes des sud-africains de Can Themba, Mothobi Mutloast et Barney Simon, l’histoire se déroule à Sophiatown, une petite ville non loin de Johannesburg. Sur fond d’apartheid, cette fable nous est contée comme un doux rêve, avec légèreté et tendresse. C’est pourtant bien un cauchemar que va vivre l’épouse adultérine, mais les éléments scéniques et l’énergie des comédiens y apportent de l’humour, de l’entrain, et finalement une certaine inconscience de la réalité.

Une brochette d’artistes

Maintes fois mis en scène, et déjà travaillé par Peter Brook, ce “Costume” en version musicale se concentre sur les sentiments humains, en laissant seulement suggérer la dureté de la pièce. Le décor est épuré, les objets sur scènes étant réduits à quelques chaises et remplacés par des mimes. La lumière sur le charisme indiscutable de cet ancien théâtre et la superbe voix de Nanhlanhla Kheswa, suffisent pourtant à nous envouter. Comme si le lieu importait peu, comme si les paroles de la femme adultérine n’avaient pas de poids, et que seuls ses chants parvenaient à traduire le hurlement qui sommeille en elle. Discrètement, on est témoins de racisme, de ségrégation, d’esclavage, de l’apartheid arrivant à grands pas, et de la chute d’un couple qui semblait pourtant épanoui.

Cette pièce est présentée dans sa version originale, en anglais (surtitré) par une équipe déjà bien rôdée, épicée par l’arrivée de petits nouveaux qui ont déjà fait leur preuve, en brillant dans leurs domaines. Le rôle de Mathilda est en effet interprété par la sud africaine Nonhlanhla Kheswa, une diva de la comédie musicale « Le Roi Lion » à Broadway, qui se produit pour la première fois en Europe.

Peter Brook s’est en effet entouré des meilleurs, pour offrir une scénographie complète avec un souci de musicalité, de luminosités, de dynamisme et de sincérité qui font toute la force et l’originalité de ce travail. Trois musiciens mettent en musique la pièce, et participent activement à offrir une ambiance chaleureuse à cette pièce pourtant si dure… Une dédramatisation du drame magnifiquement bien rôdée, sensible, et émouvante.

The Suit
de Can Themba, Mothobi Mutloatse et Barney Simon
Mise en scène : Peter Brook, Marie Hélène Estienne et Franck Krawczyk
Avec : Nonhlanhla Kheswa, Jared McNeill, William Nadylam
Musiciens : Arthur Astier, Raphaël Chambouvet, David Dupuis
Lumières : Philippe Vialatte
Eléments scéniques et costumes : Oria Puppo
Assistante à la mise en scène : Rikki Henry
Durée : 1h15
Photo : © Pascal Gély

Publié le 13 avril 2012
https://www.ruedutheatre.eu/article/1721/the-suit/